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Des cultures économes en eau et résistantes à la sécheresse ?

Comment mettre en place des cultures résilientes à la sécheresse ?

Ici l’été fut chaud et sec, et d’autres extrêmes climatiques sont annoncés. L’eau abonde aujourd’hui, mais elle coûte et des conflits d’usage pourront apparaître. Comment réussir des cultures économes en eau ?

Voici un récit tiré des expérimentations au jardin des Pinchinats, d’échanges et de lectures. Je ne dis pas « Il faut faire comme ça » mais simplement « Si c’était  à refaire je ferais comme cela ». Puisse ce récit donner des idées, en inviter d’autres, et inspirer les jardins qui se mettront en place à l’automne ! Partageons les idées et les pratiques, les propositions de rencontre sont bienvenues.

Gilles

Dans le récit vous trouverez ces mots en gras, autant de pistes à creuser peut-être :

Couverture du sol permanente – mulch – paillage – BRF – décompacter – compostage en surface- engrais verts – légumineuses – bactéries – azote minéralisé (nitrates) – champignons –  mycélium – matières organiques ligneuses – vers de terre – turricules – complexe argilo-humique  – apports – goutte à goutte – système agro-sylvo-pastoral – déjections animales – phosphore – récupération d’eau de pluie – citerne – ombrages – régénérer le sol – rétention d’eau – fertilité –  vitalité – biodiversité – densité – étagements – diversité – choisir les espèces et les variétés – forêt nourricière.

Tout est parti d’un terrain épuisé

Par le labour répété, par les épandages d’engrais et de pesticides : terre blanche, peu d’argile sur une roche plâtrière, un sol compacté et brûlant au soleil, lourd et asphyxiant après la pluie, emporté en flot boueux par les orages, incapable de retenir l’eau comme d’abriter la vie.

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Dès le début  il aura fallu des apport massifs et répétés de matière organique: branchages, aiguilles de pin, paille glanée après les moissons…

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Cette couverture du sol permanente reproduit la litière de feuilles mortes d’une forêt ; les organismes décomposeurs s’y multiplient dans l’humidité, la fraîcheur et l’obscurité, et toute une microfaune transforme cette litière en humus par une sorte de compostage en surface.

Et tous les deux mois il a fallu décompacter le sol avec une grelinette dotée de longues dents de 40 cm pour favoriser cette oxydation et humification.

Dès les premières pluies d’automne des engrais verts ont été semés : le seigle fracture le sol avec son chevelu de racines, la vesce capte l’azote atmosphérique et le fixe aux racines…

Ces légumineuses, véritables portes d’entrée de l’azote dans le sol, ont reverdi le terrain avant de pousser au printemps.

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Sous ce tapis les champignons étendent leur mycélium invisible en consommant lentement les matières organiques ligneuses.

Ailleurs, là où les cultures étaient voulues au plus tôt il a bien fallu se résoudre à des apports :  terre végétale de sous-bois, fumier, compost domestique, toutes matières organiques déjà bien décomposées.

Un goutte à goutte programmé a été posé, sous une dernière couche de végétaux. Ces végétaux entassés et renouvelés à mesure qu’ils s’incorporent au sol forment un mulch nourricier appliqué.

Entre les zones cultivées, comment circuler sans tasser le sol ? Du trèfle blanc a été semé dans des allées, formant un tapis vert très doux que l’on peut piétiner. Tout était prêt au début de l’hiver.

Au printemps les premières récoltes furent au rendez-vous.

Mais le chiendent et bien d’autres adventices s’enracinaient vigoureusement au milieu des cultures, prenant l’avantage dans un sol vite recompacté.

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Ailleurs les engrais verts ont été fauchés en mai « à mi-épiaison », fournissant un bel apport de matière organique en surface et libérant progressivement dans le sol l’azote minéralisé (nitrates) issu de nodules produits par des bactéries (rhizobium) fixés aux racines en décomposition des légumineuses. Dans les allées le trèfle blanc fournit du nectar aux abeilles, de l’azote au sol ainsi qu’un mulch facilement prélevé à la main, qui se renouvelle tout seul.

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Les vers de terre amorçant leur retour depuis la haie toute proche se manifestent par leurs déjections (turricules) associant l’argile profonde et l’humus en un précieux « complexe argilo-humique », clé de succès pour les cultures.

Au deuxième hiver un verger a été planté

Les arbres fruitiers ont grandi et aujourd’hui ils donnent des fruits, des branchages verts (bois raméal fragmenté BRF), des ombrages, des feuilles mortes tandis que leurs racines continueront d’extraire les minéraux au contact des roches.

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Au troisième hiver un poulailler a été installé

Composant avec le potager et la haie/le verger un système agro-sylvo-pastoral aux multiples interactions bénéfiques. Ainsi les déjections animales compostent en surface avec les débris végétaux, les feuilles… et tout revient aux cultures (azote, phospore) en un cycle vertueux.

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Tout cela régénère le sol, lui redonne sa capacité de rétention d’eau, sa fertilité (présence des éléments minéraux), sa vitalité (minéraux sous forme assimilable) et biodiversité.

Au plus fort de l’été le paillage conserve l’humidité et la fraîcheur sous le soleil ardent (paillage : écran voulu comme pérenne – alors que le mulch est mis en place pour qu’il s’incorpore au sol).

Par temps de pluie l’eau est claire plus de boue. Le chiendent disparaît, la terre est plus légère et aérée,  avec  l’odeur du sous-bois…c’est un plaisir de jardiner !

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Sur le toit du poulailler une récupération d’eau de pluie est possible. L’eau du réseau permet aussi de remplir une citerne pour pallier une coupure d’eau de courte durée. Mais serait-il possible de conserver les pluies d’automne ou de printemps pour passer l’été, dans un bassin ou dans une grande citerne ? L’été est si long, chaud et sec …l’eau du Canal de Provence est encore indispensable.

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Si le melon ou le poivron poussent bien en plein soleil, d’autres espèces se développent mieux en lumière tamisée ; les jardiniers du midi utilisent pour cela des voiles clairs. Planterons-nous l’albisia (feuillage tardif, ombrage léger, légumineuse  améliorant le sol) pour ombrager tel coin du potager ?

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De fait bien des espèces poussent bien sous un ombrage diffus, mouvant (feuilles) ou tournant (arbre isolé).

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Et toujours l’on recherche la densité, les étagements et ombrages mutuels, la diversité et les bonnes associations.

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Pour cultiver avec peu d’eau il faut choisir les espèces et les variétés. Ainsi la rose trémière, la vigne vont chercher l’eau en profondeur et le pourpier résiste à la chaleur. Et pour une espèce donnée on recherchera ces variétés rares, patiemment sélectionnées, qui passent l’été presque sans arrosage.

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Ainsi,  sur un sol épuisé et déserté par la vie, prend forme en peu d’années une véritable forêt nourricière.

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La forêt, cet écosystème productif et soutenable,

….où personne ne vient jamais arroser…

La forêt, à préserver absolument !